Rencontre avec Guillaume LEVIL

Entretien avec GUILLAUME LEVIL, réalisateur

Il faisait partie des invités de la 3ème édition du Festival du Film Court de Saint-Pierre où il présentait en compétition son sixième court-métrage « Arthur Rambo ». C'est le coup de cœur de la rédaction d'OI>FILM.

 

le coup de cœur D'OI>FILM

Scénariste, auteur et réalisateur, Guillaume Levil a grandi à La Réunion jusqu'à l'âge de 12 ans avant de s'envoler pour le Sud de la France avec ses parents. Littéralement cinévore depuis l'enfance, ce garçon, un brin rêveur, s'est forgé un univers poétique et solaire dans lequel il raconte des histoires souvent tristes avec un humour décalé mais également beaucoup de candeur.

Son dernier court -métrage « Arthur Rambo », entièrement tourné à La Réunion, s'inscrit tout à fait dans le genre. Des enfants, des riches, des pauvres, une lumière douce, des rires, des pleurs. Une anecdote personnelle banale mais néanmoins marquante de ce petit « Zorey » dont la classe sociale ne permettra, finalement, pas d'amitié avec son modeste camarade créole.

Projetée en avant première lors de l'ouverture, puis devant les scolaires et en compétition, « Arthur Rambo », reste en mémoire comme une jolie fable, bien menée, drôle et touchante au cœur de l'enfance. Le film va suivre le chemin des festivals encore quelques mois. En attendant d'avoir l'honneur de vous le présenter en ligne, OI>FILM vous propose de découvrir l'univers de Guillaume Levil à travers ses cinq courts et un long-métrage.

 

Tête-à-tête

« Mon prochain long-métrage sera tourné à La Réunion »

Sincère, naturel et un brin naïf, Guillaume Levil, réunionnais dans le cœur, s'émeut à chaque fois de revenir à La Réunion. Sélectionné au festival du film court de Saint-Pierre en février, il a pris le temps de nous rencontrer et d'échanger sur son enfance, son travail et surtout, son amour inconditionnel pour le cinéma et la liberté.

 

Comment avez-vous commencé à travailler dans le cinéma ?

Au départ, je connaissais l'ouvreuse (rires). En réalité, j'étais à La Réunion, je faisais de l’assistanat de réalisation, tout en suivant des courts de cinéma à distance à La Sorbonne, et puis finalement, la vie a fait que je me suis lancé dans ce qui me plaisait le plus : le scénario. C'est d'ailleurs mon activité principale. Je suis scénariste indépendant pour les autres et puis, de temps en temps, réalisateur sur des projets qui me sont chers. En fait, cela me disait bien de travailler dans le cinéma quand j'étais jeune, mais ce que je voulais par dessus-tout, c'était regarder des films. Je me voyais bien en dévorer au moins cinq par jour et ne faire que ça de ma vie ! Or mes parents m'ont fait comprendre que je ne pourrais pas gagner d'argent avec ça et ils ont eu raison... Je pense que je me serai encrouté à la longue. Aujourd'hui, j'essaie de me tenir à un film par jour.

 

Quel a été le déclic qui vous a fait tant aimer le cinéma ?

Un jour, ma mère m'a mis devant « La femme du boulanger » de Marcel Pagnol. J'avais 7 ans. Ce n'est pas du tout un film que l'on préconise pour un enfant de cet âge mais moi, cela m'a marqué à un tel point qu'à la fin de film, j'ai décidé que je voulais faire ça ! À partir de là, j'ai regardé absolument tous les films en VHS, puis les DVD, que je pouvais. Lorsque l'on était invité chez les amis de mes parents, je demandais sans cesse à emprunter des films, quelques soient les genres. C'est comme ça que j'ai tout vu étant jeune y compris des titres que je n'aurais pas du voir à l'époque comme « Canibal Holocaust » ou « Brain dead ». Aujourd'hui, j'ai encore cette envie là. Vous ne m'entendrez jamais dire : ce n'est pas mon genre de film. Du coup, dans mon travail, j'aimerais bien toucher à tous les genres, du moins dans l'écriture !

 

Y-a-t-il une symbolique, un thème qui revient régulièrement dans vos films ?

La liberté. Je suis un peu traumatisé par la liberté, un peu comme tout le monde finalement je pense. C'est très difficile de constater que l'on est très peu libre dans nos vies et ce, à tous les moments du quotidien. Quant à la mise en abime, je me sers beaucoup de la poésie. En tant que scénariste, je suis capable d'écrire tous les genres car je ne vais pas les réaliser. En revanche, lorsque je passe derrière la caméra, je suis toujours tenté de mettre des couleurs partout et de l'onirisme. C'est à dire de me défaire de la réalité. D'ailleurs, on me l'a souvent reproché. Je n'arrive pas à faire autrement, tout simplement parce que c'est comme cela que j'ai envie de voir les choses. Et voilà, on retombe dans la thématique de la liberté ! Ma liberté à moi est de me détacher de la réalité.

 

Racisme, homosexualité, adultère, suicide, pédophilie. Vous aimez vous détacher de la réalité cependant, les thèmes abordés dans vos films restent des thèmes très lourds...

C'est vrai qu'à l'intérieur du mot liberté, j'ai besoin de parler de ces thèmes là car ce sont des choses qui vont à l'encontre des libertés, justement.

Après, il est vrai que je choisis des thématiques graves et j'essaie de montrer les choses telles que j'aimerais qu'elles soient. De cette manière je me sens plus à l'aise dans la mise en abime. Un jour, alors que j'exposais ce point de vue en famille lors d'une discussion sur le racisme, mon petit cousin de six ans m'a lancé : « c'est un peu lâche ça ! ». J'ai réfléchi et je me suis dit qu'il avait peut-être raison. Si je fuis la réalité dans la représentation, peut-être que c'est parce que je suis lâche. Quoi qu'il en soit, j'assume car c'est comme ça que je veux faire ... Aux spectateurs de se faire un avis.

 

Vous tournez principalement vos films dans le Sud de la France, pourquoi ?

Je dois avouer que sur plusieurs films, ça aurait été plus facile de tourner à Paris pour pleins de raisons, la logistique par exemple. Filmer à Paris parce que tout est à Paris, je trouve que c'est la raison la pire du monde. Ça m'est arrivé deux fois et je n'ai pas aimé, je ne me suis pas senti dans mon élément. Je n'ai pas eu l'impression que la Nature aille dans mon sens quand je suis à Paris, comme si c'était un complot ! J'ai passé une grande partie de ma vie en Provence, à Digne, c'est mon identité et c'est la que j'ai envie de filmer. C'est la même chose pour quelqu'un qui a envie de rentrer le soir chez lui, pour manger. On n'a pas envie d'aller au Fast Food tous les soirs, pour moi Paris c'est le Mac Do.

 

Et La Réunion, vous aimez aussi y travailler... qu'est ce que cela vous apporte ?

J'ai un lien très particulier avec La Réunion car c'est le lieu de mon enfance. Quand je vois les choses à La Réunion, je les vois avec le regard de l'adulte mais également avec les yeux de l'enfant et ça, je ne pourrais jamais m'en extraire. Cela me procure des bribes d'inspirations qui sont considérables. C'est d'ailleurs ici que j'ai écris mon long-métrage, en un mois. Il suffit d'aller dans le jardin, de sentir l'odeur des arbres et de toutes ces choses qui me rappellent que la vie est magnifique, ça va super vite ! Si je veux faire ça dans une grande ville qui m'est inconnue, ça ne fonctionnera pas aussi bien. Écrire sans se forcer, c'est un cadeau exceptionnel.

 

Votre premier court-métrage, « Oté » parle de La Réunion à travers l'histoire d'un garçon qui s'installe en métropole, pourquoi ce choix pour un premier film ?

C'est grâce à Laurent Minatchy, un producteur réunionnais qui est venu me chercher car il avait aimé quelques choses que j'avais fait en amateur. On s'est rencontrés à Cannes et on a eu envie de faire quelque chose ensemble et surtout, de parler de La Réunion. Nous étions tous les deux déçus du paysage audiovisuel de l'époque, en 2008, où l'on trouvait que l'on ne parlait pas assez de La Réunion, du moins comme nous, on le voudrait. Pour ce film, je me suis donc basé sur mes propres souvenirs, de ce que ça fait d'être un réunionnais qui arrive en métropole et les idées reçues qui vont avec.

 

Dix ans après vous tournez cette fois une histoire entière à La Réunion, comment ça s'est passé ?

J'avais une équipe quasiment 100 % réunionnaise et on a surtout travaillé avec des enfants. On en a vu 120 pour en choisir quatre. C'était super. Lorsque l'on a vu le petit qui joue Alain, on a eu un vrai coup de cœur, idem pour le petit Guillaume qui joue mon rôle puisqu'il faut savoir que « Arthur Rambo » raconte une anecdote personnelle.

Enfin, comme je le dis souvent aux étudiants : faire un film, c'est impossible. Il y a toujours des galères mais grâce à l'énergie d'une équipe, les techniciens, les acteurs, tous y mettent de la magie et à la fin on arrive à quelque chose. Alors que le public trouve le film bon ou mauvais, à partir du moment où il abouti, pour moi, c'est bien. Et si une seule personne a été marquée par ce même film, j'ai tout gagné.

Alors, petit conseil, si vous souhaitez faire quelque chose d'impossible, on y arrive toujours, faîtes du cinéma !

 

Un mot sur votre actu, vos projets ?

Je viens de tourner un court-métrage en Aveyron et je souhaite que mon prochain long-métrage soit tourné à La Réunion !

 

Propos recueillis par Laurène Mazier

OI>FILM