Rencontre avec Jean-Laurent Faubourg

Entretien avec JEAN-LAURENT FAUBOURG, réalisateur

Bien connu des Réunionnais pour sa carrière d'humoriste, Jean-Laurent Faubourg a tiré un trait sur cette casquette. Désormais, il se consacre à l'écriture. L'auteur signe notamment des spectacles pour la compagnie Baba Sifon. Et puis, il y a 4 ans, Jean-Laurent crée la surprise avec « Noir et Blanche », son premier court métrage. Le film traite de viol, de racisme, de violences faites aux femmes...

 

 

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le coup de cœur D'OI>FILM

Personne ne l'attendait sur ce registre et pourtant, Jean-Laurent Faubourg relève ce défit avec brio. Cependant, « Noir et Blanche » n'a jamais été réellement diffusé. Une projection publique à Saint-Louis en 2015, quelques rares séances devant des scolaires... Alors que ce court métrage possède toutes les qualités pour parcourir les festivals, il reste invisible.
Désormais disponible en VOD sur OI>FILM, « Noir et Blanche » sort aujourd'hui de l'ombre.
Avec beaucoup de franchise, Jean-Laurent Faubourg revient sur cette aventure. Un brin amer et malgré tout si drôle, il évoque les raisons pour lesquelles, selon lui, « Noir et Blanche » est resté si longtemps dans le fond d'un tiroir. Rencontre.

Jean-Laurent Faubourg 
« J'ai toujours eu beaucoup de chance, j'ai même honte parfois ! »

 

Tête-à-tête

OI>FILM :  « Noir et Blanche » est votre premier court métrage, comment est née cette aventure ?
Jean-Laurent Faubourg : Ce film est né de rencontres. C'est toujours comme ça que ça se passe à La Réunion : tu rencontres des personnes qui te poussent à faire des choses et à force … Tu finis par tourner un film avec onze comédiens et une quinzaine de personnes dans ton équipe ! Et tu réalises un truc incroyable. Quand les personnes croient en toi, on te donne un numéro de téléphone, une adresse pour avancer... Je dis cela car c'est très important. Je pense qu'on ne peut pas créer si les gens ne nous disent pas qu'ils nous aiment et que l'on peut faire quelque chose. Pour « Noir et Blanche » ça a été ça à chaque étape.

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OI>FILM : Le film sort en 2015, que se passe-t-il ensuite ?
Jean-Laurent Faubourg : Il ne se passe plus rien (rires). Il est tourné, il est monté et après tout le monde disparaît. On fait une avant-première à Saint-Louis et puis c'est terminé. Pourtant mon but était de faire voir le film et surtout de rencontrer le public, mais je ne l'ai pas fait. Au bout d'un an, j'ai contacté une médiatrice dans le milieu qui m'a aidé a relancer la diffusion du coup, le film a été montré dans quelques établissements scolaires. J'ai donc beaucoup pataugé et maintenant je suis prêt !

 

OI>FILM : Viol, violences faites aux femmes, racisme, communautarisme...Comment vous est venu l'envie de traiter de sujets aussi durs ?
Jean-Laurent Faubourg : À l'origine, c'est plus un sujet sur les noirs et les blancs, ceux des Bas et ceux des Hauts de la Réunion… Je travaille également beaucoup sur le sujet des femmes depuis longtemps. Il y a plusieurs années, quand j'ai repris mes études, j'avais réalisé un projet : « violence faites aux femmes, où sont les hommes ? ». C'est donc un thème qui m'intéresse, parce que ma maman, mes sœurs … Les rapports hommes et femmes m'intriguent beaucoup. Et donc finalement, c'est cet aspect là qui est ressorti le plus dans l'histoire de « Noir et Blanche » que le côté Yab et Kaff.

 

OI>FILM : Malgré les sujets sensibles qu'abordent votre film, on rigole quand même...
Jean-Laurent Faubourg : Oui notamment par le biais de l'éducateur qui ne sait pas comment parler à ces ados difficiles si ce n'est en parlant comme eux. C'est à celui qui aura la dernière blague, alors il « clashe » les jeunes pour avoir leur attention. Certaines phrases sont drôles, c'est du « moukatage » en créole !

 

OI>FILM : Vous avez tourné « Noir et Blanche » en dix jours, quels souvenirs conservez-vous de ce premier tournage ?
Jean-Laurent Faubourg : Je vais faire un peu mon intéressant, mais ce tournage n'était pas du tout difficile pour moi. Quand on pense aux choses en amont, lorsque l'on est entouré des bonnes compétences, alors c'est un vrai bonheur ! Et en plus, j'avais la place du chef ! Quand je vous dis qu'il faut que les gens vous aiment pour faire tout ça !

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OI>FILM : Il y a forcément des imprévus, rien à signaler ?
Jean-Laurent Faubourg : On a perdu tous nos décors de tournage deux mois avant de démarrer. On devait tourner à Salazie où l'on avait fait des repérages pendant plus d'un an et, finalement, on a été jetés pour des raisons qui m’échappent encore. Et puis, mon équipe a fait un travail incroyable et nous a permis de tourner aux Makes, dans les Hauts de Saint-Louis.
Il y a eu un souci avec cette fameuse scène du viol aussi... En effet, la jeune actrice ne voulait plus tourner après, cela l'a beaucoup affectée. On l'a perdu à ce moment là. Il faut savoir que Laura Rivière qui joue le rôle principal est arrivée un peu au dernier moment car l'actrice avec qui j'avais bossé sur ce rôle pendant un an n'était plus dispo. Du coup, je n'ai pas réalisé ce travail avec Laura en amont, notamment le travail avec le partenaire, le rapport au corps etc... Elle a donc voulu arrêter mais ça c'est arrangé grâce à toutes ces femmes présentes dans l'équipe. Elles savent parler autrement que moi, lire des choses que je ne vois pas …

 

OI>FILM : Cinq ans sont passés depuis l'aventure « Noir et Blanche » quels sont vos envies côté cinéma aujourd'hui ?
Jean-Laurent Faubourg : Je suis un peu sceptique face au cinéma réunionnais. Je trouve que l'on reste trop entre nous, on joue « petit bras » à chaque fois alors ça m'énerve un peu... C'est très symptomatique d'avoir fait « Noir et Blanche » et de ne pas l'avoir diffusé. Comme si on devait se contenter de faire des films. Or, je pense que le public réunionnais a besoin de voir que l'on existe et que l'on crée... Selon moi, il est important d'aimer les artistes et de les porter. En ce qui me concerne j'ai toujours eu beaucoup de chance, j'ai même honte parfois ! Concernant les projets, je veux écrire sur la vie de mon frère qui s'est suicidé il y a trois ans. Donc pour l'instant, je récolte des paroles autour de ce qu'il a vécu. Je ne suis pas pressé, c'est un projet qui m'appartient et je ne sais pas ce que j'en ferai.

 

Propos recueillis par Laurène Mazier

Laurène MAZIER